LES ENTRETIENS D'AUTEUR(E)S
Claude DUSSERT
Né à Grenoble le 1er août 1947, pas de vacances cette année-là, mais la touffeur d’une chambre de clinique !!! Pas de CHU à cette époque. Septième enfant de la fratrie (un frère, deux soeurs, trois frères et lui dans l'ordre), il ne connaîtra jamais son aîné décédé dans ses premiers mois.
Son père, notaire de campagne est un personnage austère et peu abordable avec ses costumes noirs et ses cols en celluloïd. Claude le considère plutôt comme un grand-père ou un père fouettard. La maison (12 pièces et plus) est dirigée par une mère plutôt effacée qui soutiendra toujours qu’elle a fait son devoir ! Autour d’elle, une grand-mère maternelle renfrognée, qui a perdu sa fortune en la plaçant dans les bons russes, pour faire la cuisine et autre menues tâches car les tablées ne sont jamais inférieures à une douzaine de personnes (les clercs et secrétaires mangeaient à la table du maître). Quant aux enfants, enfin les plus jeunes, ils étaient relégués à la cuisine, à la table de la bonne, qui, en dehors de s’en occuper, devait répondre au moindre coup de sonnette afin que les plats arrivent chauds et à point sur la grand-table de la salle à manger où le père trônait devant une femme énamourée.
Claude a connu, malgré les bons de restriction, une enfance mutine et joueuse mais cependant quelque peu solitaire vu la différence d’âge entre les enfants.
Il entre alors au pensionnat du Rondeau Montfleury à quelques kilomètres de Grenoble, enfin du village de Vif où se situe la maison familiale. « Par tradition familiale ! » lui diront en boutade ses professeurs devant les piètres résultats qu’il enregistre à l’inverse de ses frères qui ont toujours occupé le devant de la scène. Est-ce pour cela qu’il décide un jour de devenir comédien ?
Aujourd'hui poète, nouvelliste et pamphlétaire à ses heures, Claude Dussert est diplômé du Conservatoire d’Arts Dramatiques de Grenoble. Cadre commercial, il a créé sa société de communication « CBCD » en 1993 à Lyon. Il vit actuellement en Bourgogne, dans la région de Cluny. Éclectique dans ses lectures, sa passion pour la poésie l’a amené à être membre de nombreuses associations. Il participe activement à plusieurs anthologies de poésie et ouvrages collectifs ainsi qu’à des concours. Il a édité 9 recueils de poèmes sur plus de 22 écrits, une pièce de théâtre et deux recueils de pamphlets non édités.
1. Depuis quand écrivez-vous ?
J’écris, autant qu’il m’en souvienne, depuis mes 13 ans, je suis alors en 4ème B (latin). J’ai été baigné par mes ainés dans les vers de Léo Ferré, Charles Trenet, Jacques Brel, Georges Brassens, Barbara, Hélène Martin, etc…
2. Qu’est-ce qui vous a donné l’envie d’écrire ?
Cela reste flou, j’ai toujours eu envie d’écrire ! Mais je crois que l’élément déclencheur fut quant à la place d’une rédaction, le professeur de français nous imposa d’écrire un poème sans en préciser le thème. Comme je l’ai dit plus haut, baigné dans les chansons et quelques poèmes de Musset, Lamartine, Chateaubriand, Hugo, Baudelaire, … je composai un poème sur le printemps. Je m’en rappelle encore, bien que le grimoire ait disparu !!! Quand le professeur, (un abbé) rendit les copies il m’interpella en me disant que mon poème valait 19/20 mais qu’il m’avait mis 1 car il contenait des propos licencieux. Je vous fais juge : (Extrait)
Au printemps la joie de vivre
Au printemps la vie commence
Au printemps les cœurs s’enivrent
Au printemps tout recommence.
Dans les rues
Sur les avenues
Allongés dans les prés
À la terrasse d’un café
Deux par deux chaque année
Nous les voyons se promener
Les amants dans les champs
Cueillent l’herbe d’amour
Qu’apporte le printemps.
À bien y réfléchir, pour quelqu’un qui avait fait le vœu de chasteté, ce poème m’apparaît aujourd’hui comme une incitation à la débauche. Je pris quatre heures de colle. Je lui ai pardonné à ce cher André Martinet † qui a dû outre son nom subir les quolibets de potaches à peine moustachus.
Il ne devait pas connaître PéPé ou le Gorille !!!!
3. Où écrivez-vous ?
J'écris beaucoup le soir après 22 heures. Je peaufine souvent mes textes le matin.
Mais je peux écrire en mangeant, n’importe quand. L’après-midi je participe à de nombreux concours payants ou gratuits suivant l’état de mon portefeuille. Je peux dire que la poésie me coûte un bras ? (Sourire)
4. Avez-vous des rituels pour écrire ? (fond sonore, etc)
Si l’on peut dire, j’écris dans mon lit ou sur la table du séjour sur laquelle je peux m’étaler à loisir. Jamais dans mon bureau, les bruits journaliers ou les interruptions ne me dérangent pas tant je suis concentré. Il faut dire que ma maison se trouve en plein champ.
Il est rare que je mette de la musique, quelquefois le concerto d’Aranjuez ou la symphonie du nouveau monde…
5. Plutôt ordinateur ou papier pour écrire ?
Toujours au stylo 99 %, parfois à l’ordi 1 %.
6. Comment naît votre inspiration ?
Voilà une question difficile ! Je n’en sais rien. Mais je vais vous le dire !! J’ai l’impression que les mots me sont dictés. Il m’arrive souvent de vérifier la signification d’un mot que j’ai employé pour voir si le sens correspond à ce que je veux dire… Il se passe quelque chose dans ma tête, les vers arrivent en cascade ou en ruissellement avec des méandres qui me font réfléchir. Il faut qu’immédiatement j’écrive ce qui me vient à l’esprit même si ça ne semble pas cohérent, car deux minutes après je ne m’en rappelle pas. Alors l’inspiration me prend sur un sentier forestier, dans mon fauteuil en regardant un film ou un documentaire à la télé, en voiture, dans mon lit, alors je me lève et écris. Tous les sujets me touchent, l’amour, la mort, la vie, les conflits, les injustices, l’actualité. L’eau, la terre, le feu, la lune, le ciel, la mer, l’océan, les orages, les tempêtes, les couleurs, un métier, une situation, un cri, des pleurs …. J’écris plus de 500 textes tous les ans. Je suis souvent surpris par des poèmes que je lis, qui me paraissent beaux et je constate que c’est moi qui les ai écrits. C’est un peu ridicule peut-être mais pas du tout prétentieux. Je lis énormément de poètes modernes sur Facebook, dans des sites comme Le Monde de Poetika. Un poète qui m’inspire énormément est Alain Morinais.
7. Quelle dose de personnalité mettez-vous dans vos écrits ?
Je me livre totalement. J’ai l’impression d’avoir vécu, au moins en partie, les mille vies que je raconte. J’ai même parfois les larmes aux yeux en écrivant certains poèmes.
8. Que souhaitez-vous transmettre à travers vos écrits ?
J’ai beaucoup de désespoir en moi et me trouve étranger à notre monde (je n’ai pas de portable par exemple).
Je voudrais transmettre un peu d’humanité entre les peuples et les hommes. C’est pourquoi j’ai adhéré au Cercle des Ambassadeurs de la Paix et que je publie des poèmes dans Afro Poésie. Je suis aussi adhérent de la SPAC (Société des Poètes et Auteurs Camerounais).
J’aime beaucoup faire partager l’amour des choses bien dites aux enfants : chaque année je consacre du temps à donner des rudiments de poésie à des enfants de 8 à 12 ans dans des Centres aérés ou des classes de CM2 dans les villages bourguignons.
Leur faire toucher du doigt les différences entre la Parole et la Poésie. Développer notre vocabulaire. Nous écrivons des textes à une ou plusieurs mains et parfois cela débouche sur un spectacle poétique.
9. Connaissez-vous le nombre de textes que vous avez écrits ?
Je sais que j’ai écrit une bonne vingtaine de recueils de 50 à 80 textes soit environ près de 2000 poèmes. J'écris régulièrement depuis 2018.
10. Avez-vous écrit autre chose que des poèmes ?
Oui, j’ai commencé un roman autobiographique « Des Années de grossesse » mais je n’arrive pas depuis 20 ans à accoucher.
Une pièce de théâtre « L’Usine nouvelle », un acte et deux tableaux.
Pièce ultra actuelle mais qui ne trouve pas preneur dans les compagnies théâtrales de la région. Car elle décrit les mœurs 200 fois trop réelles dans le monde actuel de l’entreprise. En deux mots et un seul tableau, cette pièce parle d’une révolte des cadres et des ouvriers qui paient une cotisation chômage chaque mois et depuis plus d’un lustre d’années et qui n’ont jamais pu en profiter… Je vous laisse libre d’imaginer le dialogue…
Quatre personnages pittoresques :
Le PDG : le baron SCHYDELOR AMBAR de MONTCUQUE
La DRH : Marie-Pierre FINE DE CLERC
Le syndicaliste : Nestor CHOMETULA
La secrétaire : Natacha QUIMIAULE.
Sans compter quatre recueils de pamphlets : non publiés par crainte de procès sur des faits pourtant avérés et connus de tous.
Enfin un recueil de nouvelles « Nouvelles et Partis pris ».
11. En général, que lisez-vous ? Votre auteur(e) préféré(e) ?
Je lis principalement des romans et de la poésie. Mais je suis très éclectique dans mes choix. Je me fais conseiller par ma bibliothécaire afin de sortir des auteurs qui me sont ou m’ont été habituels. Quand un auteur me plait, je lis dans la mesure du possible le plus de livres édités.
Mes auteurs préférés se comptent par dizaines… Je lis actuellement ‘La Maison Vide’ de Laurent Mauvignier.
Je vous en livre quelques uns pêle-mêle :
Romanciers : Tolstoï – Camus – Kafka - Virgil Gheorghiu – Graham et Julien Green – Mauriac – Somerset Maugham – Boris Vian – Dumas – Hugo – Michel Peyramaure – Michel Bataille etc…
Poètes :
Aragon – Hugo – Baudelaire – Queneau – Vian – Prévert – Genet Blaise Cendrars – Rimbaud – etc
Mon auteur préféré : Hugo
Poète avec parti pris : Alain Morinais
12. Avez-vous d’autres passions que l’écriture ?
Des passions réellement non : Ballade – Découvrir la France – Jardinage.
J’écris toujours des textes sur les régions, les villes et les villages que je visite.
13. Avez-vous des conseils à donner aux auteurs ?
Lire les autres poètes. Le dictionnaire des synonymes…
14. D’après vous, qu’est-ce qui devrait changer ou être amélioré dans le secteur de l’édition ?
Les prix à l’impression et l’ouverture aux poètes et à la poésie.
Mais avant tout éduquer les bibliothécaires et les profs de français et autres marchands de livres à la poésie ancienne et contemporaine. Pour parcourir régulièrement leurs rayons, le pôle POÉSIE est réduit à la portion congrue pour ne pas dire inexistant !!!
15. Les réseaux sociaux jouent-ils un rôle pour vous en tant qu’auteur ?
J’utilise surtout des sites comme Le Monde de Poetika, pour moi ils sont indispensables pour faire des rencontres et parfois nait une amitié.
Les réseaux dits courants, je n’utilise que Facebook pour publier mes textes et lire ceux des autres.
16. Que représente la poésie pour vous ?
C’est mon médicament. Que dis-je ma drogue. Elle est pour moi vitale.
Un jour sans écrire est un jour sans âme.
17. Si vous deviez décrire votre personnalité en trois mots...
Émotif – Amical – tempétueux parfois et le dernier pour la route : un brin d’orgueil !
18. Votre dernier coup de gueule ?
Aujourd’hui même contre l’informatique et ce "foutu d’ordi" qui prend la main sur ce que je suis en train d’écrire. Sans toucher de touche, des fenêtres s’ouvrent à tout va. Sans maudire les coupures de courant…. J’enrage !
19. Votre dernier coup de coeur ?
Le dernier tableau de mon épouse.
20. Votre rêve le plus fou ?
Devenir un poète.
Propos recueillis le 18 janvier 2026
